Resource Matters Rapport annuel 2024
Chers lecteurs,
Depuis plus d’un siècle, les ressources naturelles de la République démocratique du Congo (RDC) alimentent le progrès du monde. Aujourd’hui, le pays se trouve une fois de plus au cœur d’un tournant mondial : l’essor de l’industrie des batteries rechargeables, pierre angulaire de la révolution des énergies propres.
Les enjeux n’ont jamais été aussi importants. La ministre congolaise de l’Environnement et du Développement durable a qualifié la RDC de « pays-solution » à la crise climatique, en soulignant que ses vastes forêts, ses réserves d’eau douce et ses riches gisements de minerais stratégiques constituent une « réponse naturelle » aux défis environnementaux mondiaux. Plus des deux tiers de l’approvisionnement mondial en cobalt proviennent de la RDC, qui est également le deuxième producteur de cuivre au monde.
De nouvelles frontières de l’extraction se dessinent : le lithium, le manganèse et le germanium suscitent un intérêt croissant. Pourtant, malgré son rôle central dans l’avenir énergétique mondial, le peuple congolais reste prisonnier d’un cycle de pauvreté. Les chiffres sont éloquents : selon la Banque mondiale, trois quarts de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les systèmes de santé et d’éducation sont en crise, et le pays connaît l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés au monde. Bien que la RDC dispose d’un immense potentiel en énergies renouvelables, moins d’un Congolais sur cinq a accès à l’électricité.
Pourquoi ce paradoxe persiste-t-il ? La réponse est complexe, façonnée par les forces du marché mondial, l’inertie politique et les rivalités géopolitiques. Mais un facteur jette une ombre persistante : la corruption endémique. À tous les niveaux de gouvernance, des intérêts puissants — souvent soutenus par des investisseurs internationaux — freinent le progrès. Trop souvent, les bailleurs internationaux travaillent exclusivement avec l’élite du pays pour façonner le développement du Congo, fermant les yeux sur les scandales de corruption qui les entourent et, surtout, négligeant de faire entendre la voix des citoyens congolais ordinaires.
Chez Resource Matters, nous remettons en cause ce statu quo. Nous sommes résolus à lutter contre le paradoxe de l’abondance — ce contraste saisissant entre l’immense richesse naturelle du Congo et la précarité économique généralisée de sa population. Notre mission est de promouvoir une gestion transparente, équitable et responsable des ressources de la RDC, qui apporte des bénéfices socio-économiques tangibles à sa population tout en limitant les atteintes à l’environnement.
En 2024, Resource Matters a concentré ses efforts sur trois priorités : (1) renforcer la gouvernance du secteur des minerais stratégiques du Congo, (2) élargir l’accès à une électricité propre pour les citoyens et les entreprises congolaises, et (3) combattre la corruption à grande échelle qui détourne les richesses du peuple.
Les minerais de transition ne peuvent être considérés comme véritablement « propres » que s’ils contribuent au développement socio-économique du Congo. La transition énergétique ne saurait être qualifiée de juste si la population congolaise reste privée d’électricité. Et la gouvernance des ressources naturelles n’est efficace que si ses bénéfices sont partagés équitablement.
Elisabeth Caesens, Directrice exécutive
Jean Claude Mputu, Directeur exécutif adjoint